Une grossesse gémellaire embarque vers un territoire inconnu y compris pour une multi (mon cas) car les repères sont chamboulés par rappport aux grossesses de "singleton" mais cela on le découvre progressivement et parfois de manière quelque peu brutale...

La joie de la découverte, dans notre cas, et d'une certaine incrédulité tout de même (il faut passer la phase de sidération et d'intégration "nous allons avoir 2 bébés, nous allons avoir 2 bébés ; nous allons avoir 4 enfants OMG !!!!!!) est vite entachée par le discours médical et le fameux parapluie que les médecins peuvent déployer dans les situations dites "à risque".

Ainsi après quelques blagues avec l'échographe du style "vous auriez pu en avoir 3 madame !", le couperet tombe vite et plombe rapidement l'atmosphère " c'est une gémellaire monochoriale biamniotique" ouch ouch (un même placenta pour les deux foetus mais deux sacs différenciés par une fine membrane), "il y a un risque important de STT et de MAP" c'est-à-dire..... Le fameux transfuseur-transfusé (un jumeau prend tout et l'autre dépérit mais le risque de mortalité est équivalent pour les deux) et la prématurité dans ces confins les plus terribles (les prématurissimes).

Il faut entendre après la bonne nouvelle que nous pouvons les perdre tout au long de la grossesse et que les "monos" cela peut basculer du jour au lendemain dans l'horreur. Au revoir Madame et Monsieur, on se voit dans un mois ! Voilà comment nous avons débuté et que cela continue...

Je me blinde comme je peux en essayant de trouver un équilibre - bien précaire - entre mon bonheur et mon angoisse, entre laisser exister mes bébés et me préparer au pire. Puis, une nouvelle donne arrive, les transformations du corps dans cette grossesse si particulière : je suis très vite limitée dans mon activité par la fatigue mais également par la douleur (du dos, de l'estomac...). Je ne maîtise plus mon corps du tout et suis embarquée par ce ventre qui grossit d'une manière extraordinaire, cela me surprend tellement que je prends des photos de mon évolution-transformation (chose que je n'ai pas faite pour mes précédentes maternités) comme preuve de ce que je vis et pour voir que c'est toujours bien moi là !

Le choc du regard des autres et des proches est amusant mais renvoie à l'inattendu de la suite "comment je serais à 8 mois, mon Dieu ?!!". Alors je compte, chaque semaine, je suis sur les chiffres concernant le poids de mes bébés car cela devient obsessionnel pour les médecins (biométrie et percentils, estimation du poids foetal, risque de RCIU, les courbes de normes...); je dois rester calme pour ne pas paniquer quand une échographie n'est pas au top ou que suite à l'analyse des marqueurs sériques (déconseillée pour les gémellaires) je me retrouve dans la zone à risque et que du coup je suis "apte" pour une double amniocentèse (déconseillée aussi par rapport au risque doublé de fausse couche).

Finalement, chaque "épreuve" psychologique est passée : le test du DPNI (dépistage sanguin non invasif pour les maladies génétiques) est parfait, les échos déterminent une bonne croissance et deux petites filles pleine de vitalité...

A 1 mois et demi de mon terme médical car oui les "monos" ne vont pas jusqu'au terme et sont déclenchées à 38 SA, je suis davantage sereine ou du moins je m'y oblige pour mes filles qui ont besoin d'une maman tranquille et le plus épanouie possible. J'ai accepté d'être un ventre ambulant car je ne peux plus faire grand chose sans me sentir mal, j'ai accepté de laisser mon corps dirigé cette affaire exceptionnelle, je lui fait confiance pour faire grandir mes bébés.

J'ai mis du miel dans mon lait pour le rendre le plus doux possible et protéger ce qui m'est maintenant acquis comme un cadeau précieux et hors norme.